L'acide lactique dans les muscles est-il à l'origine de tous les maux?

Fatigue musculaire et récupération
L'argument le plus convaincant: il peut y avoir fatigue musculaire alors que la concentration d'acide lactique du muscle n'est pas élevée et, inversement, on peut observer une absence de fatigue musculaire alors que la concentration d'acide lactique est élevée. Ainsi, au terme d'épreuves particulièrement éprouvantes comme le marathon, la fatigue est extrême, mais la concentration de lactate dans le sang n'est pas beaucoup plus élevée qu'au repos. Il peut donc y avoir fatigue musculaire avec très peu d'acide lactique.

Autre exemple probant: après un effort isométrique épuisant des quadriceps (ex. «faire la chaise», le dos appuyé au mur), la force diminue de façon transitoire à cause de la fatigue, mais cette fatigue s'atténue rapidement et disparaît presque complètement en deux minutes de récupération. Après cette période, le muscle est capable à nouveau de développer la force initiale. Si l'on observe le degré d'acidité des muscles, on s'aperçoit qu'il a considérablement augmenté au cours de la contraction isométrique, ce qui pourrait appuyer l'hypothèse selon laquelle l'acide lactique est responsable de la fatigue. En revanche, pendant la période de récupération, le degré d'acidité dans le muscle ne revient que très lentement à la normale. Ainsi, deux minutes après la fin de l'exercice, le degré d'acidité est encore très élevé alors que le muscle n'est plus fatigué puisqu'il peut à nouveau développer la force initiale. On ne peut donc soutenir que l'augmentation du degré d'acidité dans le muscle est responsable de la fatigue, puisque nous observons ici un haut degré d'acidité sans manifestation de fatigue.

En somme, les fatigues des sportifs peuvent avoir, selon le type d'effort, diverses causes. Cependant, rien ne prouve que l'acide lactique ou le lactate soit la cause, ni même l'une des causes principales de l'une ou l'autre des formes de fatigue.

Source:
Thibault G. et F. Péronnet, La mauvaise réputation, Sport et Vie 92:46-51, 2005.

Par Guy Thibault, Ph.D. en physiologie de l'exercice
Québec, Québec, Canada
Avec la collaboration de François Péronnet, Ph.D., Département de kinésiologie, Université de Montréal
Avec Le monde est ailleurs

ServiceVie.com

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